Eté
88.
Le jour du concert ,
Boris et moi nous pointons en avance
bien que les places soient numérotées.
Ce jour là (
le 17 juillet, il me semble),
il fait très beau et le parvis de Bercy grouille de fans.
Parmi ce beau monde, nous faisons la connaissance de 2 mecs,
riches en anecdotes et accessoirement dealers de bootlegs.
Ils nous racontent qu’ils étaient, quelques jours plus tôt,
en bas de chez
Prince (Avenue Foch),
lorsqu’ils ont vu une limousine faire le tour du pâté de maison
et disparaître à l’arrière du bâtiment.
Au bout de plusieurs minutes, devant le barouf qu’ils faisaient,
ils l'aperçoivent qui les épie de sa fenêtre.
Sifflements, signes amicaux et cris de joies
de toute la petite troupe (4 ou 5 personnes).
Au bout d’un quart d’heure,
Prince et
Cat (l'air amoureux) viennent les rejoindre.
Ils leur demandent gentiment de ne pas rester là
et de faire moins de bruit pour ne pas déranger les voisins.
Prince va gentiment leur signer quelques autographes
et l’un d’eux va même se faire dédicacer sa veste en jean.
Brève rencontre amicale et sans prise de (grosse) tête.
Mythe ou réalité ? Je ne saurai jamais.
En tout cas, les gars me vendirent 2 K7 pirates.
Sur la première se trouvait le fameux “
Black Album”
et sur la seconde, l’aftershow que Prince
avait donné un an plus tôt au
New Morning,
un concert de fou que vous devez sûrement connaître.
Ce sont des enregistrements un peu courts
mais comme la qualité était correcte
(et vue l'utilisation intensive que j'en ai faite),
j’en ai eu pour mon argent à l'époque.
Tout cela nous mena jusqu’à l’heure du concert.
Une jolie hôtesse (ou ouvreuse, pour les plus anciens)
nous accompagne jusqu’à nos places numérotées.
Je crois même que je lui ai laissé un pourboire.
Un coup d’œil sur la scène qui trône au centre de Bercy
et sur le beau programme du "
Lovesexy Tour" de mon voisin
(que je n'ai malheureusement pu me payer. Le programme, pas le voisin).
Je n'ai pas le souvenir d'une première partie
(ou alors elle n'était vraiment pas marquante)
donc passons
au moment où les lumières s’éteignent...
Soudain, le pied de la grosse caisse résonne,
envoyant dans la sono une rythmique basique
qui, tel un leitmotiv, va enflammer la foule.
Un bruit de moteur se fait entendre
et une
Thunderbird surgit sur la scène
(portée en fait par un bras mécanique)
et en fait le tour,
Prince au volant.
La voiture stoppe, il descend, et là...
Pendant une heure, il va enchaîner les morceaux
sans jamais laisser le public reprendre son souffle,
soutenu par une mise en scène décapante.
Malgré la difficulté due à la morphologie de la scène,
Prince est partout et satisfait chaque recoin de
Bercy.
Doctor Fink, seul rescapé de
The Revolution,
est inspiré sur le solo de claviers de "
Head",
autant que l'habile chorégraphie qui illustre le morceau.
Prince continue sa course folle,
hachant à la moulinette ses vieux tubes
pour les faire tenir dans des medleys survitaminés
ou jouant avec la gente féminine en chantant
"
If I Had A Harem", qu'il bluesifie de sa guitare.
Il termine ce set endiablé par un “
Anna Stesia” très enlevée.
Ou plutôt très élevée puisque la plate-forme sur laquelle il joue du piano
se lance dans une ascension qui va le rapprocher du ciel.
Il atteint et nous entraîne vers les plus hauts sommets.
Il hurle alors au public : "
Do U believe ?"
Et moi, là, bien que athée, je suis prêt à croire n'importe quoi...
Fin du premier acte.
Histoire de nous remettre de nos émotions.,
nous avons droit à un entracte de 15 minutes.
Après une intro lyrique ("
Cross The Line")
où Cat nous démontre ses talents de danseuse,
Prince démarre le second set sur “
Eye No”
puis enchaîne encore ses hits à la vitesse de la lumière.
Sheila E atomise littéralement Paris,
avec sa beauté mais, surtout, son solo de batterie.
Prince prend ensuite le relais,
seul au piano,
transformant la plus grande salle parisienne
en
un modeste piano-bar des plus intimes.
Il y joue des morceaux rares ou encore jamais interprétés
("
Venus De Milo", "
Condition Of The Heart"),
arrange les versions différemment
ou s'amuse à entrainer le public vers de fausses pistes
("
Strange Relationship", que je vais adorer à partir de ce jour,
"
Raspberry Beret", où il se révèle très taquin).
Bref, il s'amuse, tout court. Et nous aussi.
Le "piano solo" va devenir un classique dans ses concerts
mais ce jour-là, pour moi, c'était mon tout premier.
Good god !
Et ça repart de plus belle...
"
Let's Go Crazy" et "
When Doves Cry" déboulent à "
100
MPH"
jusqu'à ce que le grand moment arrive enfin,
celui qu’attendent tous les fans pour lui chanter leur amour.
En effet, dès les premières notes de “
Purple Rain”
la foule se met à chanter le gimmick vocal du titre,
laissant un
Prince ému et sans voix.
Le reste, jusqu’à la fin, sera explosif
("
Alphabet St.", "
1999"), comme à son habitude...
Et tout à coup, nous nous retrouvons tous dehors,
sans voix, épuisés, mais le sourire jusqu’aux oreilles.
Avons-nous rêver ? Était-ce réel ?
Ni plus, ni moins, nous venons juste d’assister
au
plus grand concert de tous les temps.
A la fin de cet été torride (le
9 septembre),
les “
Enfants du Rock” vont diffuser en direct
(et en simultané sur une radio FM),
le dernier concert européen de la tournée
qui se joue à
Dortmund en Allemagne.
Je vais l’enregistrer sur une K7 de 120 minutes
qui va longtemps m’accompagner partout.
Petite anecdote croustillante,
cette bande m'a même servi par la suite
de fond musical lors de nombreux ébats sexuels.
Et il m'arrivait souvent de reproduire
les solos de guitare de Prince avec mon doigt
pendant que je jouais avec le bouton rose de ce demoiselles
(et aucune ne s'en est plainte).
Mais déjà l’été touche à sa fin et la rentrée arrive.
C’est l’heure de retourner au lycée.
Pour une fois, aucune rumeur ne circule
sur la sortie d’un éventuel nouvel album.
Il va nous falloir patienter un peu.
Et moi, je ne le sais pas encore,
mais je vais tomber gravement malade.
Mais ça, c’est encore une autre histoire...