Rentrée 1988.
Je débute ma seconde année de lycée mais je ne la finirai pas
car je vais tomber gravement malade et ma vie va basculer.
(Je suis le roi du suspense et du mélodrame...)
Michel Sardou m’avait pourtant prévenu,
encore enfant, bien des années plus tôt .
“Elle court, elle court la maladie d’amour
dans le coeur des enfants de 7 à 77 ans”,
me chantait-il, en vain.
J’étais en plein dans l'âge de la cible...
Un beau matin de septembre, au lycée,
bloqué au pied d’un escalier exigu par le flot des élèves qui descendaient,
j’attendais patiemment mon tour pour pouvoir monter
(pas trop pressé d’aller en cours le garçon).
Et soudain, elle est apparue en haut des marches :
THE MOST BEAUTIFUL GIRL IN THE WORLD !
En descendant nonchalamment, elle est passée près de moi,
sans même croiser mon regard, mais déjà j’étais fou amoureux.
Parmi la belle brochette de branleurs
avec lesquels j’étais en cours (et je m’y inclus),
l’un d’eux (Mehdi) la connaissait un peu.
Il m’en appris plus sur elle (mais le minimum vital)
et me voilà parti à l’assaut de cet Everest.
Car la demoiselle, en plus d’être l’une des plus belles du lycée,
semblait aussi accessible que la loge d'un
Prince.
Avec un peu d’acharnement, de ruse et beaucoup de chance,
je réussis tout de même à faire sa connaissance
et à l’attirer dans “mon monde”.
Car à cette époque, j’étais également tombé amoureux de...
la musique électronique.
Mon pote
Didier (l’autre moitié de ma garde rapprochée)
m’avait entraîné dans la plus fameuse boîte gay de Paris : le
BOY.
Et malgré notre statut de petits hétéros de banlieue
(sévérement lookés quand même),
nous sommes vite devenus des habitués du club
qui était le seul endroit à Paris à balancer de l’
acid music digne de ce nom.
Ce qui nous permettait aussi de mater les plus belles filles de la Capitale,
qui se croyaient à l’abri en ce lieu... (Hé, hé, hé)
Ainsi, tel un
Christopher Tracy de bas étage,
j’allais trouvé ma belle et lui proposais tout de go :
“Ca te dirait de venir faire un tour dans mon monde ?”.
(Pour les non-initiés, je vous recommande de voir
“
Under the cherry moon” afin de comprendre)
Je n’en menais pas large en faisant ma proposition kamikaze.
D’ailleurs, je ne me souviens plus de rien,
car j’ai dû m’évanouir, juste après qu’elle m’ait répondu
Je vous passe les détails de ce qui suivit
mais je suis effectivement sorti avec la demoiselle.
Vous allez me dire : “Quel rapport avec notre sujet de prédilection,
Prince ?”
Aucun, je vous raconte ma vie et, accessoirement, j’en profite pour frimer un peu
(ce n’est pas tous les jours que je sors avec un mannequin...
Comment ça, je ne vous l’avais pas dit ?
V. - par courtoisie pour la dame, je tairai son nom - était mannequin à ses heures perdues).
Plus sérieusement, c’est pour vous remettre
dans l’ambiance de l’époque et vous situer mon état d'esprit.
Je sortais de plus en plus (2 à 3 soirs en semaine, plus le week-end),
je fumais et je picolais avec mes potes
et je vivais LE grand amour (qu’est-ce qu’on peut être naïf à
17 ans).
Inutile de vous dire que mes études, déjà peu intéressantes,
perdirent très vite tout intérêt à ce rythme là.
D'ailleurs, j'ai définitivement déserté le lycée
un bon mois avant le début des examens
(que j'ai tout de même passés avec succès).
C’est donc dans cette ambiance décontractée que j’appris la nouvelle,
à la fin du printemps 1989.
Prince avait concocté pour
Warner Bros
la B.O. du dernier film de
Tim Burton, “
Batman”.
Et quelle surprise de découvrir à la radio
(alors qu’il n’était vraiment pas calibré pour ça),
le premier single extrait de l’album, “
Batdance”,
qui alliait mes 2 principales passions musicales :
le
funk et l’
électro.
Grâce à cette entrée en matière très prometteuse,
je me jetais sur les autres morceaux dès la sortie de l'album.
Mise à part “
The Arms Of Orion”,
balade mièvre en duo avec
Sheena Easton
(décidément quand elle est là, je n’aime pas),
et le titre “
Trust” (insignifiant selon mes critères),
je considère ce disque comme le dernier d’une longue série
où l’artiste innove et se renouvelle vraiment à chaque fois.
Tout ce qui viendra ensuite ne sera, à mes yeux,
qu’habiles redites et réutilisations de vieux plans.
Ce qui ne l’empêchera pas de nous pondre
dans les années qui suivront quelques chefs d’oeuvre
(ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit).
“
Partyman” ne me convainc guère plus sur le moment,
malgré un groove funky et évident,
mais son refrain s’avèrera assez vite entêtant.
La version du clip, disponible en maxi, est excellente également.
“
The Future” et son ambiance dépouillée, voire minimaliste,
me firent l’effet d’une première claque.
Les paroles sont graves, noires, autant que le film.
Mais si c’était ça le futur du
funk, je signais tout de suite.
“
Electric Chair” était dans une veine déjà plus connue
mais les arrangements étaient assez frais
et le refrain tout simplement imparable.
La guitare acérée, le beat et la voix qui pousse à la fin
font de ce titre un petit bijou.
A préciser que ces 2 titres ("
The Future" et "
Electric Chair")ont bénéficié
du talent de remixeur de
William Orbit
et d'un membre du groupe
S Express (
Mark Moore, il me semble)
sur un maxi qui, de mémoire (
mais si je me trompe, Bhan réctifiera),
fut le premier de
Prince à sortir uniquement en format CD.
“
Vicki Waiting” semble bien banale au premier abord
mais sa mélodie mélancolique et ses arrangements subtils
en font un de mes titres préférés de "
Batman".
Et la blague sur la taille de son ”organ” me fait toujours rire...
Ensuite, passons aux gros morceaux.
“
Scandalous” est un des grands slows de
Prince.
Un titre inspiré, qui sent le sexe à plein nez,
sûrement écrit pour ajouter
Kim Basinger à sa collection.
L’ambiance et la voix y sont tout simplement magnifiques.
Et que dire du clip, que je trouve sublime
(faudrait que je pense à le revoir tout de même,
ça vieillit mal un clip en général).
Par contre, la version (très) longue de ce titre (20 minutes environ)
manque un peu d'intérêt à mon goût.
Enfin “
Batdance”, dont j’ai déjà parlé plus haut,
qui vient clore cet album, certes un peu court.
Je garde un souvenir très particulier de ce titre.
Lors de nos vacances dans le sud cet été-là,
mon frère et moi nous sommes retrouvés à danser,
seuls, sur la piste de danse d’une boîte avant l’ouverture,
sur le remix de
William Orbit (encore lui)
que le
DJ local avait réussi à gauler en exclu.
Je vous laisse nous imaginer,
tout vêtus de noir (tels des chauve-souris),
jeans, rangers, T-shirts et perfectos
(décorés d’insignes
Mercedes sur les épaulettes,
ce qui énervait passablement les patrons de bar du coin,
qui roulez tous en berline allemande bien sûr,
mais qui était du dernier cri à Paris),
dansant comme des malades sur ce fabuleux remix
dans une boîte complètement vide.
Merci à toi, ami
DJ dont j’ai oublié le nom,
pour cette dernière soirée de vacances qui restera mémorable.
Car oui, cher lecteur ou chère lectrice,
peut-être l’as tu déjà compris, la cloche sonne,
annonçant la fin de ma vie d’étudiant / vacancier
pour un tout nouveau tournant :
ma vie de travailleur.
Mais ça, c’est encore une autre histoire,
tout comme la venue de
Prince à
Paris,
dans le bien nommé
Parc des Princes...