Septembre 1989.
Ma quête d'un emploi ne va pas durer très longtemps.
En faisant du shopping un samedi après-midi,
(quand je dis shopping, ça veut dire écumer les magasins de disques),
nous nous retrouvons, Boris et moi, chez
Madison à La Défense.
Boris y reconnait une vieille connaissance parmi les vendeurs
et lui demande s'ils n'auraient pas un poste à pourvoir.
Le hasard faisant souvent bien les choses, ils cherchent justement quelqu'un.
Je me retrouve donc en face du responsable 2 minutes plus tard qui me pose 3 questions :
- Dans quelle maison de disques est Michael Jackson ?
- Il est chez CBS/Epic (le rachat par Sony se fera peu de temps après).
- Et Madonna ?
- Elle est chez WEA (Warner Bros)
- Vous pouvez commencer quand ?
- Lundi.
- Bien. Vous commencez lundi matin à 10H00...
Mon premier entretien d'embauche fut certainement le plus facile.
Merci ma bonne étoile !
Me voici donc vendeur de disques. Le rêve.
Et l'impression d'être Ali Baba entrant dans la caverne.
Pendant 10 mois, ça va être "
sexe, drogues & rock'n'roll".
Mais il y a des histoires que l'on ne peut raconter n'importe où...
Je ferai donc l'impasse sur les détails croustillants concernant le sexe et les drogues,
pour me reconcentrer sur la musique (j'en vois qui sont déçus).
J'ai ainsi pu découvrir quelques artistes dont,
sans cette expérience, je serais passé à côté (
Paolo Conte, notamment).
Je pouvais aussi me commander certains articles et me faire des prix coûtants
(l'édition limitée de l'album "
Batman" dans l'étui "boîte de cirage" pour 50 francs).
Nous vendions également, sous le manteau, de très belles copies LP du "
Black Album"
(fourguées par quelques pontes peu scrupuleux de Warner France) à 400 francs la galette.
Nous avions parfois des places de concert aussi...
J'ai ainsi pu assister au tout premier concert parisien de
Lenny Kravitz.
Il était tellement peu connu encore, qu'il nous restait des places
d'un concours qui avait connu un faible succès.
Nous avons fait 2 heureux ce jour-là en leur offrant les sésames.
Le type et la nana qui en ont profité n'en revenaient pas.
Surtout que le concert fut très bon et que pas mal de personnalités
(
Jean-Louis Aubert,
Louis Bertignac,
Vanessa Paradis)
avaient fait le déplacement à l'
Olympia
pour assister au show de ce tout nouveau prodige.
Mais revenons au concert qui nous intéresse vraiment :
celui de
Prince au
Parc des Princes.
L'annonce faite, Boris et moi choppons des places pour la fausse.
16 juin 1990.
J'arrive à partir tôt du boulot et au final nous sommes placés assez près.
Seul un misérable cordon entre deux barrières nous sépare
du parterre privé qui se trouve juste aux pieds la scène.
Le hic, c'est que cet espace est hautement gardé
par des types de la sécurité, baraqués et peu commodes.
Il fait beau, très chaud et encore jour quand le concert démarre
(je fais l'impasse sur la 1ère partie à chier - Alannah Myles, si ma mémoire est bonne).
Très vite, je trouve qu'il y a un truc qui ne va pas.
Prince est froid, le show qu'il balance est robotique et sans relief.
Le nouveau groupe qui l'accompagne est très peu mis en valeur.
Il n'y a que lorsqu'il nous envoie un titre inédit (
The Question Of U)
que l'on retrouve le Prince que l'on aime, chaud comme la braise.
Nous remarquons que ceux qui sont évacués de la fausse (commune)
pour cause de malaise dû à la chaleur et à la compression
se retrouvent dans ce fameux parterre juste devant la scène.
Boris et moi, rusés comme des renards, tentons alors le coup :
il appelle un type de la sécu et lui dit que je me sens mal.
Le mec m'aide à sortir de la foule, ainsi que
Boris,
et nous dit de suivre l'allée pour rejoindre le poste de secours.
Arrivés devant le secouriste, je lui dis que je vais mieux
et que j'ai juste besoin de boire un peu d'eau.
Une fois rassasiés, le secouriste nous fait passer
dans cet havre de paix, à quelques mètres de
Prince.
C'est donc décontractés et peinards que nous assistons à la fin du concert.
Le final est un peu plus enlevé que tout ce que l'on a pu voir jusqu'à présent
mais au moment où la sauce a enfin pris, la machine s'arrête,
pour nous offrir ce qu'on appelle "
une fin en queue de poisson".
C'est donc frustrés et déçus que nous sortons du Parc.
Dans les jours qui suivirent,
je me fis gentiment asticoter par des amis
que j'avais convaincus d'aller voir
Prince en concert
et qui étaient aussi dégoûtés que nous.
Faut avouer que pour leur première fois, c'était pas de bol.
Bref, un show à très vite oublier...
Ce qui arrivera très vite avec les
Rolling Stones
puisque une semaine après exactement
ils investissaient eux aussi le stade du PSG.
J'avais eu par le père de ma copine (remember le mannequin)
deux places dans la loge présidentielle
(à côté de
Laurent Voulzy - quelle chance ! - LOL).
Et, en regardant ce show bien huilé
(
The Urban Jungle Tour - soit disant leur dernière tournée !),
j'avoue, jai eu cette triste pensée :
"
Une fois encore, Prince a fait la première partie des Stones..."
L'annonce d'un nouvel album à paraitre à la rentrée (
Graffiti Bridge),
nous aide à tourner la page de ce faux-pas scénique.
Mais ça, c'est une autre histoire...
PS : Les magasins
Madison ont par la suite fusionné avec l'enseigne
Nuggets.
Pendant de nombreuses années, un peu partout en France,
cette chaîne de boutiques culturelles avait réussi à survivre grâce à sa proximité
(inplantations en centre-ville ou en galerie commerçante) malgré un marché difficile.
Malheureusement, le 21 juillet dernier, la société Diva,
qui gérait 21 boutiques à la double enseigne, a dû déposer le bilan.
R.I.P. Madison
(et merci encore pour tous ces bons moments...)