Eté 1990.
Pour ceux qui n'ont pas suivi les épisodes précédents,
il va falloir vous taper quelques kilomètres
d'anciens articles pour comprendre...
Eté 1990, donc.
Ma vie prend des tournants importants.
Mon histoire d'amour avec mon mannequin
commence à prendre l'eau sérieusement.
Mais en bon capitaine, je ne quitte pas le navire
(
c'est le navire qui va me quitter).
J'abandonne mon emploi de vendeur de skeuds
pour bosser dans une boutique de fringues,
à 10 minutes de chez moi en bus,
où je dois prendre le poste de responsable.
Un plan galère, en fait, qui va très vite tourner court.
Dernier changement (et pas des moindres),
après 19 ans de vie commune,
ma mère et moi nous séparons...
J'intégre donc une chambre de bonne rikiki
dans un quartier résidentiel de
Bougival,
à deux pas de la maison des
Depardieu.
Avec un loyer maximum
(c'est aussi cher qu'à Paris)
pour un confort minimum
(pas de douche et les toilettes sont sur le palier).
Par-dessus le marché,
au moment même où Saddam Hussein
a l'idée d'envahir le Koweit,
Prince sort "
Graffiti Bridge"
en plein milieu de l'été.
Et mon impression est
comme l'idée du dirigeant irakien :
pas très bonne.
Pour la première fois depuis que je kiffe
Prince,
je trouve qu'il y a redite ou ré-utilisation de vieux procédés.
D'habitude, ses opus respirent la nouveauté.
Là, chaque titre m'en rappelle un plus ancien.
Mais, chez Prince, il y a toujours
du très bon au milieu du moyen...
Ainsi, quelques perles se dégagent
de cet album un peu fourre-tout (déjà).
Fourre-tout car on passe du
rock au
P-funk,
ou d'une balade sirupeuse
à du calibré dance-floor en un clin d'œil.
De plus, tous les titres ne sont pas interprétés
par Sa Majesté himself,
ce qui renforce l'impression de bazar.
Sont invités à pousser la chansonnette,
avec lui ou à sa place :
les vieux briscards de
The Time
(qui s'en tirent très bien sur "
Release It"
mais beaucoup moins sur "
Lastest Fashion" et "
Shake"
pour cause d'arrangements un peu datés),
l'idole
Mavis Staples (sur l'inutile "
Melody Cool"),
le trop jeune
Tevin Campbell
(son timbre vocal est encore trop juvénile
pour rendre vraiment intéressant "
Round & Round")
et
T.C. Ellis (premier rappeur à intégrer l'univers princier
alors que
Mr. Nelson lorgne déjà depuis longtemps
vers ce style musical dont il a loupé le coche).
Au final, en plus d'avoir une vilaine pochette (si, si),
cet album compte pas moins de 17 pistes
mais très peu auront mon approbation...
Le très attendu (depuis le concert au Parc des Princes)
"
The Question Of U"
tient heureusement toutes ses promesses.
La balade à la sauce gospel,
"
Still Would Stand All Time",
me prend à chaque fois aux trippes.
Mais les 2 vraies pépites de ce disque
sont à mes yeux (ou plutôt à mes oreilles)
"
We Can Funk", la tuerie P-funk
que
Prince joue en duo avec
George
Clinton
(l'un de mes 10 titres préférés)
et "
Joy In Repetition",
d'une beauté à couper le souffle
et dont le solo de guitare
rend un hommage appuyé à
Carlos Santana.
"
New Power Generation" enfin
(le titre annonciateur de la suite),
tire bien son épingle du jeu
grâce à un refrain très accrocheur
sans pour autant en faire une tuerie.
Ce sont ces 5 titres, plus "
Release It"
que je retiens au final de cette cuvée.
Ils vont fidèlement m'accompagner
tout au long des 10 mois de déprime
que va devenir ma vie à cette époque,
suite aux grands changements cités plus haut
qui interviennent à l'aube de mes 20 ans.
Mais ça, c'est une autre histoire...